Sans doute tu es l'aube

  • Novembre 1995
  • Editions Le Loup de Gouttière, Québec
  • 104 pages
  • Notes, messages et autres bouteilles à la mer
Diffusion française : Le Dé Bleu puis Les Editions de l’Aviateur
Peintures originales : Francine Vernac

Mai 1992, ma famille et mes amis se liguent pour que j’effectue enfin mon premier voyage au Québec. Je n’y connais personne. Yves Albert, chanteur québécois de mes amis n’est plus là. Félix Leclerc, dont j’ai assuré la première partie de spectacle en 1972, repose dans son île d’Orléans. Je pars d’abord à la découverte de Montréal en me rendant dans tous les lieux cités dans les chansons de Beau Dommage. « Au coin de Beaubien pis de la neuvième », personne ne m’attend. En fait, je n’ai que trois rendez-vous à mon programme : l’attachée culturelle au Consulat de France dont l’accueil fut un cadeau, un couple de Québec, je deviendrai leur baby-sitter et ami, et Serge Mongrain, photographe, écrivain, grand amateur de bière. Après dix jours de vadrouille entre Mont Royal et Saguenay, je retrouve ce dernier à Trois-Rivières. Nous passons, sans dormir, trois nuits et deux jours ensemble. Il me raconte la guerre linguistique, les indiens, les vingt mille livres de sa bibliothèque, me présente une merveilleuse céramiste, un groupe de cinéastes montréalais, me montre la maison de Leonard Cohen. So long, Serge…
Un an plus tard, je lui envoie un manuscrit. Il ne me répond pas mais le donne à Francine Vernac, éditrice qui propose de publier mes textes ! Francine est aussi peintre. Comme on dit là-bas, je tombe en amour devant son travail. Elle accepte de composer six œuvres originales pour le livre.
Deux ans plus tard, je serai reçu comme auteur québécois ( !) au très remarquable Salon du Livre de Saint-Etienne. François Cavanna, André Castelot et Yves Simon, avec qui je converse, ne feront aucune remarque sur mon accent.

Extraits :

1. Je t’ai trouvée

Je t’ai croisée
amoureuse
légère
si légère
comme un partage
un chef-d’œuvre

tu portais d’ailleurs
une robe en papier bible
d’une récente édition des poèmes d’Eluard

2. Vient le temps

Vient le temps
de la conscience du granit
le temps
du savoir de l’eau

le temps
où une femme
allume la lumière
donne sa chance au hasard

l’épreuve
était de vivre sans elle
aux crochets de la vie
désaccordé

une femme
allume la lumière
et la beauté
n’est plus un caprice du soleil


3. La beauté

La beauté
est cette parcelle de lumière
qui dénonce l’ignorance

je ne sais jamais
et ne voudrai jamais le savoir
si ton sexe est la source
ou tout l’océan
tu es cette part de l’eau
qui manquait à ma soif

ton ventre appelle
c’est vivre qu’il affirme
l’amour nous fait

t’approcher
avec la précaution de la neige
pour les fleurs
dans les jardins japonais

tu  es d’eau vive et de sel
tu es de larmes
c’est quand on ne pleure pas
qu’on se dessèche

tu es tous les poèmes d’amour de la terre
par le seul glissement de ton doigt
sur la vitre
ta tête penchée dans ce sourire
suffit

enfin
je verserai
527 849 poèmes d’amour au dossier
ce sera un beau procès

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