| Les p’tits matins brumeux où j’allais guilleret Contempler la racaill’ Boul’vard de Monte-à-r’gret, Ces jolis rendez-vous d’un homme et d’ son destin, Juste après le p’tit dèj’, j’ m’en faisais un festin. J’y’allais bien avant l’heur’ pour être au premier rang. Pour pas m’ fatiguer l’ dos, j’apportais mon pliant. En attendant l’ spectacl’, j’ causais des élections Avec d’aut’s citoyens qu’ont d’ la conversation. Des genss’ comm’ vous et moi, des genss’ de bonne humeur, Qu’expliqu’nt à leur famille, en zélés connaisseurs, Comment qu’ march’ la machin’, comm’ c’est bien affûté, Et la malle en osier où la têt’ va tomber. Et les enfants heureux applaudiss’nt et contemplent. Je vous l’ dis comm’ j’ vous l’ dit : y’a rien d’ tel que l’exemple ! « Tu vois le rien du tout qu’on va couper en deux, Ben, il voulait jamais obéir à ses vieux ! » Mais l’ gamin d’aujourd’hui a plus d’éducation. Il r’fus’ tout mêm’ la guerre et les extrêm’s onctions. Il vol’ des mobylett’s, il trucid’ des vieill’s tiges, Tranquille, il sait qu’au pire, il en prend pour vingt piges. Etonnez-vous alors que tout parte en guenilles, Et qu’y’ait des gars qui s’ mett’nt à penser comm’ des filles, Qu’ont des vapeurs rien qu’à la vue du sang vermeil Qu’ont d’ la compréhension et tienn’nt pas la bouteille ! Entendez bien, la veuv’ j’en suis pas fanatique. Je me f’rais volontiers à la chaise électrique, La cord’, la piqûr’, le p’leton d’exécution, Et pour les femm’s légèr’s un’ p’tit’ lapidation ! Ça, ce s’rait édifiant ! D’ la vraie pédagogie Qu’éloign’rait la jeuness’ de la fange et d’ l’orgie ! Ça ferait du conscrit, d’ la grain’ de patriote Qu’irait en temps voulu, et bien droit dans ses bottes, Sauver la République et ses bell’s colonies ! Mais dépité, je vois qu’aujourd’hui c’est fini, Qu’il y’a plus d’ politess’, plus d’ respect, plus d’ morale, Qu’on désert’ la caserne et le confessionnal. Mais s’il n’en reste qu’un, je s’rai çui-là, maman, Qui dit qu’ la loi, c’est la loi et inversement ! Qui dit qu’ pour aligner, faut savoir raccourcir Et qu’ s’ fair’ couper la têt’, ça donne à réfléchir ! Paroles : Michel Boutet Musique : Michel Boutet & Félix Blanchard CD "La ballade de Jean-Guy Douceur" © Les Editions de l’Aviateur, 2009 |