C’est un chagrin qu’a pas besoin de croire au pire
C’est un sanglot qui s’endort au bout d’un sourire
Maman éteinte avec la lampe de chevet
C’est un caillou qui vaut pas plus d’un ricochet

C’est la patience qui bâtit des Amériques
Sans que jamais ses vieux chevaux tournent bourrique
Maman qu’appell’ son étourdi sa têt’ d’épingle
Lui sait qu’il sera le prochain roi de la jungle

L’enfance l’enfance
C’est perdu d’avance

C’est des mots croquants sous la dent comme de l’orge
Un soir le miracle d’un poème de Norge
Maman qui tangue en voyant sa progéniture
Prendre les chemins buissonniers de l’écriture

Puis c’est les autr’s, on est noyé dans la moyenne
Alors on s’oublie dans les yeux des bohémiennes
Maman l’offrand’ puis la fatigue et le reproche
Le cœur fermé comme un poing au creux de la poche

L’enfance l’enfance
C’est perdu d’avance

On part enfin les rêves sont des vents porteurs
C’est le désert que toujours fuit le déserteur
Maman qui sait qu’ell’ n’atteindra pas l’autre rive
A tant noyer ses longs chagrins dans la lessive

C’est mille trains plus loin une gare vieillie
Les yeux ne brill’nt ici que par les jours de pluie
Puis le sourire de maman comme une fête
Mais les gens disent qu’elle aurait perdu la tête


Paroles et musique : Michel Boutet
CD "La ballade de Jean-Guy Douceur"
© Les Editions de l’Aviateur, 2009