Ça s’ passe à la fin d’une époque
Un village au fond du Maroc
Ils avaient pas tout bien compris
Qu’on leur voulait qu’ du bien ma mère
A preuve on avait des prières
Qui valaient mieux qu’ les leurs pardi

Mais eux c’est mauvaise volonté
Et puis tendance à comploter
Contre la patrie nourricière
Ces gens-là c’est moins que des bêtes
Faut leur enfoncer dans la tête
On verra qui c’est les plus fiers

Alors les avions en rase-mottes
Font tomber mieux qu’à Gravelotte
Le feu le fer la fin du monde
Si bien que quand l’ soleil se couche
C’est un vrai bonheur pour les mouches
Y’a qu’ des macchabées à la ronde

Quand viendra l’heure de Guernica
C’est Franco qui s’en souviendra
Mais en passant je vous signale
Que celui qu’a inventé ça
C’était un bon soldat françois
C’était un putain de maréchal

On le sait depuis Charlemagne
Fallait pas inventer l’Allemagne
Fallait la laisser dans ses limbes
Mais sale manie vieille habitude
On aime se la sauter bien rude
Et y’en a pas un qui regimbe

On part au front tout étoilé
De rires de fleurs de doux baisers
Les femmes embrassent leur pioupiou
Mais ceux qui reviennent au village
Ils sont finis ils ont plus d’âge
Quand ils sont pas restés dans l’ trou

C’est tellement une évidence
Comme dit monsieur Anatole France
On croit mourir pour la patrie
Mais au petit jour dans l’ décor
On voit seulement fumer les morts
Dont s’est bien nourrie l’industrie

Et ceux qui s’arrêtent et qui disent
Il serait temps qu’on fraternise
On les fusille au matin pâle
Chez Satan on fera les comptes
Le chef du peloton de la honte
C’était ce putain d’ maréchal

La France a une petite santé
L’ cœur fragile la rate dilatée
C’est sûr elle est pas résistante
Alors elle suit son régime
Boit d’ l’eau d’ Vichy c’est pas un crime
Puis elle s’endort bien contente

Pendant ce temps-là des trains saignent
Mais ne réveillent pas Compiègne
Ni Saint-Pierre-des-Corps ni Mulhouse
Pendant ce temps-là des bons gars
Trafiquent du rutabaga
En multipliant par Pie Douze
 
Hitler tout seul n’existe pas
Faut être des millions pour ça
A mettre sa pierre à l’édifice
Et le vieux soudrille à moustache
Dans son héroïsme sans tache
Est le plus zélé des complices

C’était pour le moins imprudent
Qu’un certain de nos présidents
Le remette sur son piédestal
Il y a des gerbes de fleurs
Qui parfois me soulèvent le cœur
Comme ce putain d’ maréchal

Aujourd’hui au fond d’ ma baraque
J’entends mon vieux pays qui craque
Y’a comme une odeur de moisi
Il y a des chiens prêts à mordre
Y’a des nostalgiques de l’ordre
Bave aux naseaux nouveaux nazis

Mais le pire de tout c’est les mecs
Qui sans vraiment l’ dire couchent avec
Rêv’nt d’une France qui marche au pas d’ l’oie
Font la morale aux mendigots
Puis les écrasent comme des mégots
Putain d’ maréchal les voilà

Avant qu’on envoie nos enfants
Nos doux Nino nos innocents
Un jour faire la guerre pour des prunes
Des prunes ou quelques monuments
Et que les marchands soient contents
Et qu’on chope la peste brune

Faudra s’ débarrasser d’ ces cliques
Et s’inventer des Pacifiques
Où on déposera nos malles
Sur ces plages où certains jours
On aura tant dansé l’amour
Que ça fera rire les étoiles


Paroles et musique : Michel Boutet
CD "La ballade de Jean-Guy Douceur"
© Les Editions de l’Aviateur, 2009