Il est assis d’vant les terrils sur sa boite en fer blanc
Il r’garde le temps qui passe et l’soleil qui descend douc’ment
Il regardera comme ça jusqu’à la fin du monde
Il est assis d’vant les terrils et il attend que ça fonde
Pour Noël il y a quarante ans il a eu un harmonica
Qu’a disparu dans l’incendie avec son père et son vieux chat
Il s’rappelle les cris les voisins les pompiers pis tout l’barda
Et la musique dans l’incendie son père ou p’t-êt’ l’harmonica
Mais ce soir
Ce soir les ambulances et les flics qui passent
Il cherche encore une fille dont il a perdu la trace
Les sirènes en hurlant les bistrots en chialant
Lui font la cour encore mais y’a plus d’île au trésor
Il parle toujours d’une fille qu’on appelait Carabosse
Qui avait des seins aussi beaux que dans ses rêves de gosse
Il raconte certains soirs ses quinze années de service
Tout ça c’est du passé y’a même plus d’cicatrice
Un vieux bus est passé plein d’femm’s qui vont pas en voyage
Qui ont fait des charretées d’enfants et qui le dévisagent
Il les voit à travers les vitres et les dégoulinures
Les p’tit’s misères p’tit’ mère ça t’fait une drôle de figure
Mais ce soir…
Dans les g’noux c’est la vie qui craque il dort de plus en plus mal
C’est p’t-êt’ d’avoir compté et d’savoir qu’il manque des étoiles
Il dit j’ai entendu parler d’une fête ou d’un carnaval à Rio
Quand j’aurai l’argent pour je me paierai une lessive du cerveau
Mais ce soir…
Paroles et musique : Michel Boutet
33 t & CD "Aime toi"
© Les Editions de l’Aviateur